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07.08.2008

Tous les déchets sont toxiques

Pour nous autres, amoureux de chansons bien menées, c’est toujours un plaisir, de réécouter Sardou. L’homme sait tirer des paraboles d’une partition et réécrire des horizons, de sa voix de crooner.

Mais mieux, il sait dénoncer le plus toxique des déchets : la haine.

Ce sentiment doit être quelque chose de douloureux. Pour ne l’avoir jamais éprouvé, je ne pourrais pas vraiment le décrire. Heureusement, l’écoute de ce chant de Sardou constitue pour moi, une prophylaxie supplémentaire.

Je pense aussi qu’il peut y avoir des vertus curatives. Ou bien ?





La Haine
de Michel Sardou

Elle a la gueule d'un centurion
Les yeux d'Hitler ou d'Attila
Le masque de la religion
Le sourire de Caligula
Elle peut sortir d'une voiture
Le poing levé sur la fureur
Vomissant des torrents d'injures
En arborant le bras d'honneur
Elle a le rictus de la hyène
La haine la haine la haine

Plus meurtrière qu'un cancer
Plus sûre qu'une épidémie
Elle a ravagé l'Univers
Mieux que la pire des maladies
On parle de la peste noire
On meurt devant le choléra
On en frémit sans trop y croire
Mais pourquoi ne le dit-on pas
Elle a la bombe à hydrogène
La haine la haine la haine

Fille bâtarde de l'amour
De la peur de la jalousie
Elle a engendré à son tour
La torture et la calomnie
La haine
Elle met des cagoules qui font peur
La djellaba du black mosslem
La haine la haine

Regardez-la en Arménie
Et à Varsovie qu'elle écrase
Ecoutez l'écho de ses cris
Aux portes de la chambre à gaz
Voyez ces terribles mégères
Tricotant devant l'échafaud
Et la déclaration de guerre
D'un homme derrière son bureau
Qui d'un trait de plume déchaîne
La haine ! la haine ! la haine !

Les aventures de Zongo et Tao (1)

4ecc9a1ffe0fa157435882ee0b7f0701.jpgC’était la fête de l’indépendance. Du temps où Tao régnait sur la terre d’Eburnie avec Résidence à Palpe-les-sous et Coucou-rendormis. Une petite pluie, mièvre, flétrissait de paresseuses virgules, quelques drapeaux défraichis…

Tao, Grand Chancelier des cigares griffés, se tira une bouffée nerveuse et se mit à écrire : « Moi Tao, de la race des Tao, la seule race élue pour gouverner la terre d’Eburnie, je vous le dis en vérité : Zongo est un mo, mo, mo,... »

Tous s’en souviennent, la méthode de l’écrivain Tao était simple. Elle consistait à déclamer, à haute voix, chacune de ses phrases avant de les graver sur la page. Or, les bégaiements de Tao avaient repris. Et cette fois, avec une violence inouïe : « Zongo est un mo, mo, moomo… ».

A force de persévérance et de vin de palme, Tao parvint quand même à achever sa déclamation. Mais à peine l’écrivain avait-il réussi que survint décembre. Avec décembre, l’harmattan. Et avec l’harmattan, le Père Noël, cousin germain de Tao. N’étaient-ils pas tous de l'engeance de Gazékagnon, Père de la nation, de sang bleu et de race pure ?

Tao, il est vrai, avait pris la fâcheuse habitude de dire de ses frères Zongo, Digbeu-cravate et Noel qu’ils n’étaient que des bâtards. Et, que seul, lui Tao, de sang bleu et de race pure devait trôner, de toute éternité, à la place du défunt patriarche Gazékagnon. Digbeu-cravate, n’en parlons même pas : pour Tao, Digbeu et les siens n’étaient que de consciencieux danseurs, une race de benêts, juste bonne pour les tambours et les clochers…

Cette année-là, la fête de Noël, qui dura dix mois, se termina par un réveillon auquel ne purent participer ni Tao ni Zongo. Ce fut une vilaine fête qui vit de nombreux feux d’artifice. Au petit matin, le Père Noël insista pour que décembre fût, « désormais », le seul mois de l’année. Mais il se vit gentiment prier de reprendre son chariot et ses carillons.

La scène avait arraché des rires orgasmiques à Tao et à Zongo, embusqués derrière une clôture rouillée. Ils avaient ri, s’étaient pincés, chatouillés, tripotés, cogné la tête, puis s’étaient finalement dit l’un à l’autre : « Mais tu vois, mon cher, c’était simple comme ça ? Nous aussi, nous allons, de ce pas, dire à Digbeu Cravate de prendre son chariot et ses carillons ».

Tao voulut rappeler à Zongo que Digbeu n’avait ni chariot, ni carillon, mais ses bégaiements avaient repris. Il se tut donc, non sans remarquer l’air hâbleur de son interlocuteur. Tao maudit Zongo intérieurement.

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Curieusement, quelques temps après, l’on vit Tao et Zongo en compagnie du Dr. Vis-à-vis et de Mister Bad.

Tous les quatre, en redingotes, marchant, d’un pas de tourtereaux, vers un autel : ils se mariaient !
La législation d’Eburnie n’autorisant que les mariages hétérosexuels, ils durent contracter leur union au lointain pays du Pacs. Le Dr Vis-à-vis qui avait pris place à côté de Tao n’arrêtait pas de lui dire à l’oreille gauche : « Eh grand Tao, Kerkin qui a de suiveur perdu, c’est moi qui le met en place ! ».

Pourtant, au moment où les époux se souriaient l’un à l’autre, au moment où un magnifique air nuptial berçait les lieux et même que les lignes rythmiques et mélodiques s’accouplaient en farandoles amoureuses, Zongo n’avait qu’un seul rêve : avoir la peau de Tao. Tao, un seul dessein : avoir la peau de Zongo.

Le Dr Vis-à-vis, de son côté, caressait des rêves pus modestes : deux ou trois postes ministériels, question de s’acheter une chaîne-Hifi, des C.D. de Matiko et des fringues à sa taille. Mister Bad, lui, voulait que Tao et Zongo n’aient pas les portefeuilles (ministériels) trop « coolllés » aux fesses. L’homme des métros et des gares comptait bien, en cas de victoire, se coller, à ses fesses à lui, quelques petits portefeuilles.

Tao, Zongo, Mister Bad et Dr Vis-à-vis se marièrent donc tous sous le régime de la communauté des biens. Ils eurent toutefois quelques difficultés à trouver un patronyme, chacun de ces solides mâles voulant conserver, mordicus, le nom de son père. En définitive, ils optèrent pour un nom un peu long, mais chacun en fut plus ou moins satisfait : « La-Fraternité-des-Témoins-de-Gazékagnon », en abrégé, Fratéga. (Ou encore « Erach-pédés », pour les intimes).

A l’occasion du bal nuptial, Tao insista pour servir à Zongo son verre de champagne. Zongo manifesta le même zèle envers lui. Tao but le verre que lui servit Zongo et Zongo avala celui que lui tendit Tao. Les mauvaises langues disent que Zongo eut alors un sourire malicieux en se retournant. Les mêmes langues soutiennent que Tao fit un sourire narquois et un clin d’œil, en s’éloignant.