topblog Ivoire blogs Créez votre blog Envoyer ce blog à un ami

« L’upécisme est un humanisme (I) | Page d'accueil | L'upécisme est un humanisme (III) »

02.09.2008

L’upécisme est un humanisme (II)

Septembre 1958 : 50 ans aujourd'hui que le patriote Ruben Um Nyobé était assassiné par l'ogre colonialiste. Depuis le 1er septembre, nous proposons l'analyse d'un intellectuel africain sur les présuposés, la portée et l'impact de la pensée qui fut celle de Nyobé et de ses compagnons... Analyse historique, quasi-apolégétique, mais non moins contextuelle car passant au crible le vécu de l'Afrique et du Cameroun actuel...

NYAMSIFran.jpg


Par Franklin Nyamsi
Professeur agrégé de philosophie


(...)En démontant ces écueils qui sont autant de carcans placés sur les corps et les esprits des citoyennes et citoyennes du Cameroun, nous comptons aboutir en cet écrit, à une formulation positive et systématique de l’upécisme comme projet de civilisation universelle proposé par les pères fondateurs de l’UPC aux populations camerounaises, africaines et planétaires. Nous ne doutons pas qu’en certaines de ses articulations, cet écrit soulèvera des dissentiments légitimes. Mais nous pensons qu’il ouvrira, comme beaucoup d’autres qui viendront, la voie à la synthèse magistrale d’idées-forces dont le peuple camerounais a besoin pour garder sa nuque raide contre l’impolitique et se sublimer en une civilisation de haute valeur aux yeux du monde contemporain et dans l’histoire.

De la propagande anti-upéciste

upc-logo.jpg

L’accusation de marxisme-léninisme
La première confusion que l’on entretient volontiers dans la propagande des héritiers de l’aujoulatisme et du néocolonialisme camerounais en général, c’est que l’upécisme n’est rien d’autre que le marxisme-léninisme. Ainsi, le but visé par la lutte d’Um Nyobé et de ses camarades aurait été d’instaurer un Etat communiste au Cameroun, avec le cortège de conséquences rétrospectives que l’histoire du communisme international comporte : centralisme démocratique, répression anti-pluraliste, collectivisme économique brutal, négation des droits de l’Homme, totalitarisme, etc. Ainsi les dérives totalitaires des grands pays communistes du monde au XXème siècle sont invoquées comme concepts-repoussoirs pour marginaliser les idées upécistes dans l’opinion. Or cette accusation est doublement fausse : théoriquement d’abord, aucun texte fondateur de l’UPC n’autorise une telle interprétation. Il est clair dans ceux-ci (2) que l’upécisme est un socialisme, mais jamais il n’est dit qu’il n’est que la reproduction locale du marxisme-léninisme. Au demeurant, si le marxisme est la réponse indépassable et indépassée des peuples opprimées à la domination capitaliste et impérialiste, et donc une bonne théorie de l’émancipation, il est clair aujourd’hui qu’il n’est pas nécessairement une bonne doctrine de gouvernement. Cette limite gouvernementale du marxisme tient à deux écueils majeurs de sa théorie sociale : le refus du pluralisme politique par la défense du centralisme démocratique d’une part, et d’autre part, la neutralisation de l’initiative économique privée par le mécanisme de la collectivisation systématique des moyens de production. Dans les rangs de l’UPC, existèrent donc et existeront toujours cependant des tendances marxistes-léninistes, comme dans tous les partis socialistes du monde entier. Aucun socialisme digne de ce nom au XXème siècle et même après, ne saurait faire fi des idées de Karl Marx. Mais cela entraîne t-il que tout socialisme soit nécessairement et absolument un marxisme léninisme ? Non.

Le socialisme est un faisceau d’idées qui militent globalement pour l’égalité politique, sociale et économique de tous les hommes à travers une plus saine répartition des moyens de production et des fruits du travail, d’abord bien sûr en faveur des travailleurs et ensuite seulement pour les détenteurs de capitaux privés. Mais pour ce qui est de ses moyens d’effectuation, le socialisme est soit révolutionnaire, soit réformiste. Or il est incontestable que Ruben Um Nyobè et ses camarades, qui étaient attachés à l’usage expert du droit national et international(3) , furent davantage acculés à la révolution violente qu’ils ne la préparèrent...



( A suivre...)

Notes

(2) Lire en ce sens sur Um Nyobé, les livres de Jean-Achille Mbémbé, de Moukoko Priso, de Siméon Kuissu et de Daniel Yagnyè Tom.

(3) Um Nyobé affirmait clairement en 1952 : « En ce qui concerne l’argument selon lequel nous devons avoir des armes pour revendiquer notre liberté, nous répondons que cela est dépassé. La lutte armée a été menée une fois pour toutes par les Camerounais qui ont largement contribué à la défaite du fascisme allemand. Les libertés fondamentales dont nous revendiquons l’application et l’indépendance vers laquelle nous devons marcher résolument ne sont plus des choses à conquérir par la lutte armée. C’est justement pour prévenir une telle éventualité que la Charte de l’Atlantique et la Charte des Nations unies ont préconisé le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. »

Les commentaires sont fermés.