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03.09.2008

L'upécisme est un humanisme (III)

Battant en brèche le préjugé qui voudrait réduire l'upécisme au marxisme-léninisme, le Pr Nyamsi, par la force de l'image et du concept, restitue au parti de Ruben Um Nyobé sa vérité historique : un universalisme transcendant, finalement, les ornières idéologiques...

6a00d8341c724853ef00e54f3fb2348833-500wi.jpg(...) Um était réformiste. Faut-il rappeler aux tenants de cette thèse incriminante et discriminante que Marx n’est pas le seul théoricien de l’histoire des idées socialistes ? Que dire des Mao, Castro, Jaurès, Proudhon, Fourier, Bakounine et autres ? Faut-il rappeler à ces inquisiteurs anti-marxistes qui réduisent l’upécisme au marxisme-léninisme que la revendication de l’indépendance immédiate du Cameroun transcendait par définition les barrières idéologiques pour s’adosser sur les purs et simples droits humains universels ?Au nom de quelle idéologie De Gaulle exigea t-il l’indépendance de la France face à l’occupant nazi ?

L’upécisme ne fut jamais a priori un socialisme révolutionnaire, mais bien au contraire un socialisme réformiste acculé à la lutte révolutionnaire par les colons et leurs successeurs. Ce n’est pas un hasard si Um est connu essentiellement comme le Mpodol, le porte-parole des populations opprimées du Cameroun, comme homme de droit et de justice et non comme un stratège militaire ou un combattant révolutionnaire. Ensuite, cette accusation de marxisme-léninisme est pratiquement fausse. La raison en est évidente : l’UPC n’a jamais exercé le pouvoir d’Etat au Cameroun. On ne peut donc pas l’accuser d’avoir pratiqué Marx et Lénine sur les populations. La résistance sous maquis fut une impasse dans laquelle la politique coloniale accula Um et ses camarades, jamais un choix de première heure ni une fin en soi. On ne peut faire porter par récurrence à l’UPC les errements observés dans les grandes nations communistes du XXème siècle, comme si elle était comptable de ce qui se fait dans les autres pays.

Cela friserait le procès en sorcellerie, car l’argument consisterait à accuser l’upécisme d’avoir eu l’intention de faire ce qu’il n’a pas fait et ce qu’il n’a jamais tenté de faire. La vérité en cette affaire est donc que, acculés à guerre révolutionnaire par les sicaires de la France colonialiste de De Gaulle, Um et ses camarades ne pouvaient naïvement renoncer, en contexte de Guerre Froide, à l’aide éventuelle du Camp de l’Est qui du reste ne vint substantiellement jamais.

L’accusation d’utopisme

couvmoumie.jpgDans la foulée de ce qui précède, on accuse les idées upécistes de n’être faites pour aucun espace ni aucun temps. Les objections de ces anti-utopistes de circonstance semblent en effet de bon sens, eu égard au passé tragique de la néocolonie où ils prospèrent honteusement. Voici quelques ostentations de cet anti-utopisme bricolé sur d’immémoriales peurs : par quel mystère en effet l’homme camerounais peut-il être considéré comme l’égal de tous les autres êtres humains ? L’homme blanc – le white man, le nkana - ne nous dépasse t-il pas, contrairement aux dires des upécistes ? Comment pourrions-nous, comme le soutiennent les upécistes, maîtriser les aléas naturels, vaincre la pauvreté, la famine, la grande misère par le travail humanisé ? Ne sommes-nous pas de tous temps faits pour les travaux forcés ? L’homme camerounais peut-il parler de choses universelles devant toutes les autres nations rassemblées sans craindre qu’on déniche le zeste de sauvagerie qui lui reste encore en tant que pauvre nègre ? Peut-on croire en la parole politique d’un représentant du peuple comme le Mpodol de l’UPC, alors que la politique camerounaise a de tous temps été une escroquerie de la parole du peuple par des pseudo-représentants du peuple ? Faire de la politique, n’est-ce pas tromper habilement les gens, contrairement à ce que disent les upécistes ?

Les femmes camerounaises peuvent-elles êtres les égales des hommes camerounais comme le disent les upécistes alors que tous les jours nous battons, brimons, exproprions, répudions, violons nos femmes avec la bénédiction du Bon Dieu ? D’où viennent-ils, ces upécistes, si ce n’est du diable vauvert ou de la thébaïde imaginaire des grands rêveurs ? Et caetera, et caetera. Ainsi vont les scansions des pourfendeurs de l’utopie upéciste. Mais tout esprit sain, dans un corps relativement sain, voit bien qu’ils se foutent le doigt dans l’œil. Ce que disent les upécistes pour le peuple camerounais, c’est ce que disent les plus nobles déclarations des grands penseurs pour toute l’humanité : nous voulons voir ce que l’homme a réalisé et peut réaliser de meilleur se réaliser chez nous, ici et maintenant ; le mot Cameroun dérive certes du portugais « Cameroes », mais nous ne sommes pas pour autant des crevettes, mais des fins en soi qui ne doivent être les moyens de rien ni de personne ; comme tous les autres humains sur la planète, les camerounais sont des êtres de chair, d’os, de sang, de pensée et de sens. La mère de De Gaulle n’a pas plus de mérite que celle de Um Nyobè ; Hô Chi Minh face aux français n’a pas moins raison que De Gaulle face aux nazis ; nous ne craignons pas de comparer Einstein et Modibo Diarra, ou Hegel et Cheikh Anta Diop ;

Mitterrand ne peut mieux enseigner à Biya la bonne politique à faire au Cameroun qu’Osendé Afana, Tchundjang Pouemi, Engelbert Mveng, Mongo Beti, Jean Marc Ela, Ambroise Kom, Célestin Monga, Eboussi Boulaga, Ambroise Kom ou Achille Mbémbé et bien d’autres encore ; et les bonnes leçons de Jacques Chirac aux africains qui ne seraient pas mûrs pour la démocratie, ou les rodomontades de Sarkozy sur l’Afrique non-historique ne valent pas plus en Sorbonne qu’à Ngoa-Ekellé. L’upécisme est une utopie active, pas un utopisme stérile.

Etre une utopie, cela implique l’affirmation et l’effort de concrétisation d’un projet politique éthiquement transcendant. Il s’agit d’une exigence qui va plus loin que le seul parti UPC ou la seule personne d’un dirigeant de l’UPC – et l’umnyobisme de nos proches camarades du CNR-MUN mérite de le méditer s’il ne veut pas bientôt être encombré d’un moumiéisme, d’un oséndéisme, d’un ouandiéisme ou d’un ndoïsme et que sais-je encore -, pour défendre des valeurs de civilisation qui visent à affirmer infiniment l’humain, selon des modalités qu’il nous reste à décrire rigoureusement dans ce propos. Etre dans l’ utopisme par contre, ce serait s’enfermer dans l’affirmation d’un avenir paradisiaque pour lequel en réalité on n’œuvre pas. L’upécisme dès sa naissance est loin d’être un utopisme. Il revendique, défend et propose un projet de faisabilité d’un Cameroun libre, moderne, fécond et harmonieux. L’upécisme est un projet de gouvernement de la cité camerounaise, non pas simplement une jérémiade ou une pure complainte de forçat. Et ils l’ont bien compris, ceux-là qui craignent depuis la nuit des temps modernes camerounais, la moindre réunion publique des upécistes, la moindre action publique de l’UPC fidèle, car ils savent que le peuple se reconnaît une réelle noblesse dans son langage et dans ses actes, depuis 1948. Ce sont les mêmes qui disent en effet que les idées de l’UPC ne peuvent s’appliquer nulle part qui empêchent autant qu’ils peuvent les upécistes de rencontrer leurs concitoyens sur le territoire camerounais. S’ils doutaient vraiment de l’efficacité politique des idées upécistes, auraient-ils besoin de voies de fait permanentes pour les combattre ?

C’est la défaite en droit – j’entends en théorie- du néocolonialisme de l’Etat UNC-RDPC qui s’exprime par sa violence de fait- dans la pratique - contre l’action concrète et pacifique de l’UPC au sein du peuple. Les idées upécistes ont la légitimité populaire camerounaise avec elles alors que les idées uncéistes-rdpécistes ont la seule légalité néocoloniale pour elles, avec les moyens de dissuasion qui en forment l’ossature. Le défi des upécistes à l’Etat UNC-RDPC est donc le suivant : si nous sommes des utopistes, laissez-nous donc parler au peuple, comme vous avez-vous-mêmes les coudées franches pour lui parler. On verra alors qui le peuple prendra pour des lunatiques. A Victor Hugo, on dit ainsi un jour : « Le poète et le philosophe sont dans les nuages ». « Soit ! Mais le tonnerre aussi », répondit-il. Tels sont le défi et la réponse des upécistes à la lâcheté régnante au Cameroun.

L’accusation de complot permanent

De Charybde en Scylla, les pourfendeurs de l’upécisme vont allègrement, confondant macabos et ignames. Les mêmes qu’ils accusent d’être de naïfs rêveurs, d’être en retard d’une époque idéologique, d’être de petits nègres prétentieux, sont encore ceux qu’ils accusent d’activer la colère du peuple. Ce sont les upécistes, jamais les rdpcistes ou les sdfistes, jamais les undpistes, qu’on veut sstématiquement acculer à la clandestinité administrative, à l’insécurité permanente et à la marginalité politique. L’upécisme serait ainsi, selon la vieille doctrine sécuritaire du pouvoir UNC-RDPC, l’antichambre de toutes les conspirations camerounaises et c’est pourquoi l’option de l’élimination physique est souvent la première à être envisagée contre les upécistes. Puisqu’ils sont les seuls à vouloir sérieusement l’autodétermination radicale du Cameroun, ils doivent être les seuls à subir dès la première manifestation une thérapie de choc. La misère matérielle, sociale, économique, culturelle et spirituelle des camerounais n’est pas regardée pour ce qu’elle est réellement : un produit des mécanismes de domination et de prédation de l’Etat néocolonial au pouvoir depuis plus de 40 ans. Ainsi, si des milliers de Camerounais meurent chaque année dans nos hôpitaux faute de soins, au point d’en être révoltés, c’est la faute à l’upécisme. Ils devraient mourir silencieusement, sans un cri.

Si des millions de camerounais se soulèvent parce qu’ils crèvent de faim sur des terres pourtant toutes fertiles, c’est la faute à l’upécisme. Ils devraient supporter les courants d’airs se folâtrant dans leurs intestins avec patriotisme. Si les tripatouillages électoraux et pseudo-constitutionnels soulèvent l’indignation des camerounais fatigués de voter pour du beurre, c’est la faute à l’upécisme. Les électeurs devraient comprendre que toute démocratie tropicale est par définition apaisée par la croyance veule aux Grandes Ambitions du régime. Mais les camerounais, ces gens chanceux d’être gouvernés par les mêmes depuis 1960, sont décidément têtus. Ils ne comprennent pas qu’il n’y a rien à faire. Ils dérangent le pouvoir. Alors, en piqûre de rappel, le pouvoir les tue occasionnellement pas milliers, centaines, dizaines ou unités, selon les besoins d’intimidation de l’heure. Perclus de douleur, les camerounais se replient dans leurs demeures, pleurent et inhument leurs morts, pansent leurs blessures, se débrouillent comme ils peuvent en attendant la prochaine fois. Ainsi va le cycle de la violence et de la banalité camerounaises, l’une se retournant toujours en l’autre, en un cauchemar somnambulesque. Faut-il que les upécistes s’endorment à leur tour ? Ce serait la fin de l’humanité camerounaise !

L’upécisme n’est que la vigie lucide de ce peuple sans cesse assommé par l’incurie de ses dirigeants de pacotille. Il est ainsi la mauvaise conscience des criminels qui trucident notre peuple. Il est la bonne conscience des citoyens qui savent et maintiennent contre vents et marées que ce qui se passe chez nous n’est pas normal. Quand on martyrise les camerounais, le simple fait que les upécistes le dénoncent fait davantage mal au pouvoir que les pierres et cocktails Molotov essuyés par ses sbires. Non seulement les camerounais écrasés ne doivent pas se révolter, mais en plus, selon la logique bien-pensante du Régime Biya, les upécistes doivent se taire ! Et voici donc un certain baron de l’UNC-RDPC, un frileux Augustin Frederick Kodock - pseudo upéciste d’emprunt- sommant les journalistes de fermer leurs colonnes à ceux qui parlent du malheur du peuple camerounais ! Quand on n’a pas honte, comment peut-on pousser jusqu’à ne pas avoir pitié ?! Non, en réalité, le seul complot qui existe réellement au Cameroun, c’est le complot de la Françafrique, des héritiers d’Aujoulat, et des thuriféraires des régimes Ahidjo-Biya contre la liberté politique, le bien-être économique, le progrès culturel et la justice sociale au Cameroun. L’upécisme n’est pas une école de complots, mais le foyer de symbolique civilisationnelle le plus élevé que des camerounais aient pu élaborer dans l’histoire. L’upécisme est la mise en ordre des corps et des esprits des camerounaises et des camerounais contre cette impolitique pagailleuse et tragique. Voyons donc comment procède rigoureusement cette insurrection éthique des populations du Cameroun.

(A suivre )

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