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04.09.2008

L'upécisme est un humanisme (IV)

image007.jpgNous pousuivons la publication de la très dense contribution du Pr Nyamsi au sujet des fondements théoriques de l'UPC de Ruben Um Nyobé qui divorça, on le sait, d'avec le RDA d'Houphouet-Boigny, en 1951 par choix résolument indépendantiste.


Par le Pr Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de Philosophie

L’humanisme camerounais ou l’upécisme

Nous employons à dessein le mot humanisme pour désigner l’upécisme. Qu’entend-on en réalité par humanisme ? Humanisme dérive d’humain, d’homme, d’humus. L’homme est un être vivant doué de pensée, de raison et de liberté. Par ces critères, l’homme est une personne, un être dont la valeur et la dignité sont irréductibles. L’humanisme est ainsi l’affirmation et la défense, au cœur d’une société particulière, de la valeur universelle de la personne humaine. Or l’upécisme n’est rien d’autre que cela. C’est l’action de bâtir une société d’hommes à part entière au Cameroun, une société vivante, pensante, raisonnable, rationnelle et libre. L’upécisme est la conscience morale collective du Cameroun. C’est ce qu’on a désigné sous l’expression « âme immortelle du peuple camerounais ».

Cette immortalité tient à la solidité et à la fécondité des valeurs de l’upécisme. Bâtir une société pleinement humaine, c’est incontestablement travailler à faire émerger des générations à l’abri de la misère matérielle, de l’ignorance crasse des progrès technoscientifiques et de leurs exploitations économiques possibles, de l’arbitraire des régimes politiques construits sur la Terreur, le gaspillage et l’imprévision ; c’est tracer une aire de civilisation où la vie humaine individuelle et collective trouve matière à faire sens et à avoir du sens. L’humanisme upéciste est la recherche active de l’élévation indéfinie de la valeur humaine au Cameroun, des contre-valeurs particularistes vers des valeurs universelles. L’humanisme upéciste désigne l’effort de placer la préservation et l’épanouissement de l’individualité et de la collectivité humaine au centre des préoccupations politiques, économiques, sociales et culturelles de notre société.

L’humanisme upéciste s’adosse donc d’abord sur le socle irréductible des droits humains fondamentaux des camerounais comme de tous les autres hommes : liberté de penser, liberté d’expression, liberté d’association, liberté de mouvement, liberté de contractualisation, droit à l’intégrité de sa personne, etc. Ces droits étant bien souvent bafoués sous nos latitudes, l’humanisme upéciste impulse par conséquent nécessairement un progressisme, puisqu’il s’agit de transformer la structure sociale, économique, culturelle et politique de la domination néocoloniale camerounaise en une société de liberté, d’égalité et de fraternité. Les droits universels de la personne humaine constituent la matrice métaphysique irréductible de l’upécisme.

Nous disons ensuite donc que l’upécisme est un humanisme sociopolitique. Il affirme l’égalité de tous les camerounais, sans considération de sexe (5) , de forme physique, d’origine ethnique, de condition économique ou d’instruction. L’égalité dont il est question ici n’est donc pas à confondre avec l’égalitarisme, qui nivèle violemment la société vers le bas ; elle n’est pas non plus à confondre avec l’élitisme, qui ne nivèle la société que par le haut. Contre ces deux extrêmes qui figent la société en classes antagonistes, l’upécisme s’affirme comme progressisme.

L’upécisme s’attaque dès sa naissance au clientélisme et au chauvinisme tribal d’une part, et d’autre part à l’instrumentalisation coloniale de la diversité ethnique pour assurer la domination de classes. La meilleure illustration de la lutte de l’upécisme contre ces deux tentacules de l’ethnicisme ordinaire et de l’ethnicisme d’Etat, c’est la politique linguistique menée par l’UPC dès sa naissance. Non seulement l’UPC fut dès sa naissance le parti qui parlait toutes les langues camerounaises, mais ce fut également, après les missionnaires, le deuxième pole de traduction des idées universelles en langues camerounaises. En français et en anglais, l’UPC parle aux camerounais et au monde entier. En duala, ewondo, basaa, fufuldé, haoussa, l’UPC parle aux camerounais de l’intérieur, promettant dès sa naissance, de se faire traduire en autant de langues qu’il lui sera nécessaire pour faire passer son message émancipatoire. Une autre illustration de cet anti-ethnicisme structurel de l’upécisme est le socle sociologique, varié, élargi et pertinent de recrutement et d’implantation de l’UPC sur le territoire camerounais. Par ces esquisses historiques, l’UPC proposait justement aux camerounais une véritable « rainbow nation » avant la lettre, une image anticipée de l’Afrique fédérale des grands rêves de N’krumah, Sankara, Lumumba ou Cabral. J’entends donc ici par humanisme social, le fait que l’upécisme se propose de dégager l’horizon de tout humain naissant, vivant et mourant au Cameroun des tares suivantes : la domination tribalo-féodale ; les discriminations tribales ; le népotisme ; la corruption généralisée ; l’arbitraire pseudo-juridique ; la non-assistance et le sevrage relationnel ; l’abandon aux forces obscures du destin ; la malemort.

Nous disons que l’upécisme est un humanisme économique . Certes il ne faut surtout pas confondre l’économie et la morale (6). De tout temps, n’en soyons jamais dupes, l’économie vise la production, la distribution et la consommation de richesses. Qu’elle soit capitaliste ou socialiste, l’économie vise d’une manière ou d’une autre une forme de profit. La quête de profit est une loi économique universelle. Socialiste ou capitaliste on travaille pour en tirer un profit. La différence entre ces deux systèmes se fait cependant dans la manière de produire et de distribuer ces richesses. Le capitalisme sacrifie les personnes au profit, alors que le socialisme est prêt à sacrifier le profit pour les personnes. En société socialiste, on ne peut raisonnablement abandonner les personnes aux seules lois de la croissance économique. L’upécisme affirme donc haut et fort la primauté de la valeur humaine sur toute valeur marchande. Il ne peut vouloir autre chose pour les camerounais que ce que les mouvements bolivariens et socialistes du Venezuela, du Pérou, du Brésil, du Chili, de Bolivie, pour ne citer que ceux-là, veulent pour leur populations. L’upécisme ne peut donc qu’être anti-capitaliste. Son orientation fondamentale est la préservation dans le giron de l’Etat – un Etat géré avec professionnalisme et transparence- de tous les biens publics de portée universelle(BPPU) (7) : l’eau, les forêts, l’air, les terres arables, les richesses des sous-sols, les mers, la défense et la sécurité, la santé, l’éducation, les transports. Pourquoi ? Au moins pour trois raisons.

Notes

5. Nous avons en ce sens pris position sur le débat lancinant concernant l’homosexualité au Cameroun en défendant la thèse de la possibilité d’une pax sexualis, un paix sexuelle entre les principes hétérosexuel et homosexuel. Nous sommes convaincus que dans une société de pluralisme démocratique, nul ne doit être voué à la vindicte populaire en raison de ses choix de personne majeure d’assumer avec d’autres personnes majeures, telle ou telle orientation sexuelle parfaitement compatible avec l’ordre et la justice sociale. L’excitation avec laquelle l’opinion publique camerounaise s’est emparée de la question homosexuelle est le symptôme d’un malaise venu d’ailleurs, en particulier du côté des abus – viol des foules qui connote dans l’imaginaire hétérosexuel dominant avec la pénétration homosexuelle - et de l’opacité structurels du pouvoir politique camerounais. Voir en ce sens notre article : De la possibilité d’une pax sexualis dans la Revue Terroirs(I-2-2007) dirigée par Fabien Eboussi Boulaga. Voir aussi le très solide article de Paul-aarons Ngomo ( enseignant à New York University) dans la même revue, L’hétérosexisme comme moralisme.
6. Je partage en ce sens les remarques justes d’André Comte-Sponville sur cette confusion récurrente entre les sphères morale, économique, politique, éthique et spirituelle. Voir en ce sens le bel essai récent de ce philosophe français, Le capitalisme est-il moral ?(Paris, Albin Michel, 2004). Comte-Sponville en arrive pourtant trop facilement à la conclusion que le capitalisme est le comportement économique le plus universel qui soit. Par conséquent, la loi du profit- que l’auteur confond avec le capitalisme- figurerait en bonne place aux côtés des autres lois découvertes par les différentes sciences. D’où l’auteur tire enfin la conclusion que le capitalisme-la quête économique du profit- n’est ni moral, ni immoral, mais seulement amoral. Nous ne confondons pas pour notre part capitalisme et quête du profit. Nous contestons donc cette conclusion, car si la quête du profit est un comportement économique universel, le mode de production capitaliste qui pousse-par la voie de l’accumulation financière et de la spéculation - cette loi universelle du profit à ses extrémités les plus ignobles en conséquences sociales, culturelles et écologiques, ne peut être tranquillement confondu avec l’économie de marché et avec l’économie quotidienne ou traditionnelle. Le capitalisme renvoie à une pratique économique, non pas amorale, mais bel et bien immorale, puisque ceux qui le perpètrent en connaissent bien sûr les conséquences inhumaines et s’en contrefichent royalement. Sans confondre les sphères d’action, on peut vouloir avec raison l’instauration d’une société émancipée de la domination et des abominations du capitalisme.
7. Nous désignons par cette expression tous les biens dont la jouissance ne saurait choir dans les mains des particuliers sans entraîner pour tout les humains vivant dans une région donnée la privation des matières absolument nécessaires à leur subsistance et à leur vie dans la dignité. Ceci valant et pour les nationaux, et pour les étrangers vivant dans un pays quelconque.

Commentaires

Juste un petit coucou au retour de voyage.

Je reviendrai très vite lire tout ça !

Amitiés

Ecrit par : Madison | 04.09.2008

Welcome Mady, très content de te revoir ! Et ce voyage au bout du monde ?

Ecrit par : Edgar | 05.09.2008

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