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05.09.2008

L'upécisme est un humanisme (V)

A une semaine de la commémoration de la disparition tragique de Ruben Um Nyobé, le Pr. Franklin Nyamsi analyse les fondamentaux de l'UPC, l'un des fers de lance de la lutte indépendantiste de l'Afrique subsaharienne : formation opposée au capitalisme éculé, humanisme culturel, sève de la combativité camerounaise, nous instruit le Pr Nyamsi.
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(...) Il est de notoriété que chaque fois que ces biens tombent dans l’escarcelle des détenteurs de gros capitaux, c’est au détriment du bien-être des masses qui se retrouvent livrées à elles-mêmes, et donc à la misère, au tribalisme, à la corruption généralisée et à l’obscurantisme féodalo-religieux. Les camerounais n’en savent-ils pas long avec les privatisations de la poste, de la Regifercam, de la Sonel, de la Camair, d’Alucam, de Cellucam, etc. ? Ensuite, chaque fois que des capitalistes mettent la main sur les BPPU (Biens Publics à Portée Universelle), ils s’enrichissent plus que les peuples et plus que les Etats. Dès lors, ils se donnent les moyens de violenter, manipuler et exploiter davantage encore ces peuples et Etats.

Enfin, chaque fois que les capitalistes mettent la main sur les BPPU, il s’en suit le renforcement de la domination des multinationales et des minorités outrageusement riches du monde sur tout le reste de l’humanité. Le capitalisme est la source d’un triple désastre : économique et écologique avec le pillage des moyens nécessaires à l’amélioration des conditions de vie des populations locales ; désastre politique avec la multiplication des conflits d’intérêts- guerres ethnicistes, guerres de clans de pouvoir, paralysies institutionnelles, etc. - au sein de la population locale ; désastre anthropologique avec l’accélération et la massification de la misère mondiale et de l’opulence ostentatoire des minorités détentrices des grands capitaux planétaires. L’upécisme est donc nécessairement anti-capitaliste, même si cela ne signifie pas qu’il nie l’incontournable nécessité de l’économie de marché et de l’économie quotidienne.

Avec Braudel (8) , nous pensons en effet qu’il existe une différence entre capitalisme, économie de marché et économie quotidienne. Grossièrement, le capitalisme est caractérisé par la quête effrénée et exponentielle du profit, à travers les mécanismes internationaux de la spéculation financière. Il échappe ainsi à toute réglementation, puisque les capitaux voyagent désormais presqu’à la vitesse de la lumière, allant selon le choix de leurs détenteurs d’un marché moins lucratif à un autre, jugé plus lucratif. En réalité, le capitalisme n’est pas régi, comme on nous le bassine depuis des lustres par la loi de la libre concurrence. Il n’y a pas de concurrence loyale possible entre les plus faibles et les plus forts en économie. Le Capitalisme est le domaine de la décapitation de la personne et de la dignité humaine. Il est régi par la loi du Capitaliste le plus puissant en relations politiques, le plus argenté et le mieux informé des possibilités de profits nouveaux. Voilà comment ça et là à travers le monde, des entreprises pourtant rentables doivent fermer, simplement parce que les actionnaires capitalistes ont trouvé une plus grande marge de profit possible ailleurs. Nous distinguons ainsi l’actionnariat à visage humain qui doit avoir droit de cité dans les économies de marché du fait du contrôle étatique, de l’actionnariat barbare qui régit le monde des multinationales sans foi ni loi.

L’économie de marché est certes déterminée par la loi du profit, à travers la dialectique de l’offre et de la demande. Mais il s’agit d’une économie qui peut être régulée par les lois de l’Etat de droit. Puisqu’il est indéniable après les échecs du communisme d’Etat dans l’histoire du XXème siècle que l’Etat n’est pas nécessairement un bon producteur de richesses, l’upécisme ne peut, sans se fourvoyer en un gauchisme naïf, biffer la nécessaire vitalité de l’économie de marché et la confondre avec le Capitalisme. L’économie de marché est le domaine de l’entreprenariat et un Etat camerounais upéciste n’aura qu’à veiller que ce nécessaire entreprenariat national ne fasse pas des personnes des marchandises. L’Etat upéciste ne peut à ce titre ni supplanter, ni abolir l’initiative économique privée sans se saborder lui-même. Le marché doit donc exister, et de toutes façons il a toujours existé, partout où existent des hommes, des moyens de production, et partout où les voies de communication et la pression des besoins peuvent faciliter la distribution et la consommation des biens.

Mais à travers la réglementation locale et étatique, l’économie de marché peut-être abritée des caprices du capitalisme financier que nous venons de décrire, si les gouvernements mettent en place les mécanismes de sécurité sociale des travailleurs. Telle est la tâche du socialisme upéciste. Réguler l’économie de marché camerounaise de telle sorte qu’elle ne choie pas sous l’escarcelle abusive du Capitalisme. Et pour ce faire, deux choses : gérer et contrôler de façon transparence par l’Etat et pour tout le peuple, tous les Biens Publics de portée Universelle. Mais aussi veiller à ce que l’économie de marché nationale ne soit pas piégée par des pratiques de concurrence faussée et déloyale. Ceci est d’autant plus important qu’à la base de tout système économique, il y a l’immense, besogneuse et silencieuse civilisation matérielle. Il y a en jeu, tout simplement cette vie des gens qui est le terreau de tout avenir.

Ce que nous nommons économie quotidienne ou traditionnelle est la base substantielle de l’économie camerounaise : c’est le travail des paysans, des petits commerçants, des artisans et des ouvriers, mais aussi le travail des cadres en tous domaines, que l’upécisme ne saurait abandonner sans se saborder. Il est indéniable que si l’on abandonne ceux qui doivent transformer les matières premières locales en produits de consommation quotidienne, ceux qui doivent défricher, semer et planter nos vivres ; fourbir et réparer nos outils élémentaires ; fabriquer les objets les plus simples dont nous avons besoin pour nos champs, cuisines, pour nos bureaux et nos rues, pour nos chantiers et pour nos grands travaux, c’est toute la base de l’économie camerounaise qui sera ainsi abandonnée non seulement à la mauvaise concurrence qui étouffe le marché camerounais, mais aussi aux grands capitalistes qui dépossèdent chaque année par milliers les paysans de leurs terres et donc les camerounais de leur pays. L’upécisme ne bradera donc jamais l’économie quotidienne et l’économie de marché camerounaises au capitalisme.

Nous disons enfin que l’upécisme est un humanisme culturel. C’est l’impératif nationaliste d’excellence anthropologique. Il affirme que l’homme camerounais, la femme camerounaise peuvent voler aussi haut dans l’excellence en tous domaines que n’importe quels autres êtres humains attachés au progrès sur la terre. L’upécisme est l’exigence originelle d’une élévation des masses vers le savoir, le bien-être économique et la maturité politique. L’upécisme n’est ni un populisme, ni un anti-élitisme. Il est un progressisme où les singularités individuelles exceptionnelles doivent servir de modèle, d’exemple ou de catalyseurs aux singularités individuelles ordinaires. Faut-il rappeler ici que jamais n’exista au Cameroun un parti politique qui ait placé l’exigence de formation de ses cadres et du peuple au sommet de ses priorités comme l’UPC ? Faut-il rappeler combien de cadres de l’UPC sevrés de leur pays par la barbarie néocoloniale ont participé et participent encore à l’émergence civilisationnelle et au rayonnement de nombreux Etats africains et non-africains ?

Faut-il dire ce que l’UPC a offert et offre encore en cadres aux universités, grandes institutions et associations de haute portée dans le monde ? Nous illustrerons seulement cet impératif d’excellence anthropologique inséminé par les upécistes dans l’esprit des populations camerounaises en analysant brièvement le détournement des thèmes du nationalisme camerounais dans le discours de l’excellence sportive que tient la propagande de l’UNC-RDPC pour abriter ses forfaits derrière l’hilarité des camerounais en période de succès des équipes nationales. A-t-on bien noté que pour tous les analystes, la force des équipes sportives camerounaises vient de leur mental, de leur endurance exceptionnelle et de leur détermination face à l’adversaire ? Tout le monde le dit, mais personne ne se demande suffisamment : qui les joueurs camerounais imitent-ils ainsi ? Quels sont leurs modèles ? D’où leur vient cette mentalité de résistance ? Est-ce parmi les héritiers de la néocolonie que les sportifs
camerounais trouvent leurs modèles ?

Notes

8. Il nous paraît important de signaler ici deux ouvrages fondamentaux de Fernand Braudel sur ces questions : La dynamique du capitalisme (Artaud, 1985), et Civilisation matérielle, économie et capitalisme (XVè-XVIIIè siècles), (Armand Colin, 1979). Braudel y trace finement les distinctions que beaucoup de progressistes de notre époque, en partie aveuglés par les principes marxistes, ne savent toujours pas faire entre les trois niveaux structurels de l’économie mondiale.

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