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05.11.2008

Obama : un paradigme à crédit I

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Comme de nombreux africains, ce matin, je crie victoire, mais non, je ne partage pas l’enthousiasme de mes voisins nigérians, qui très tôt ce matin m’ont réveillé, euphoriques et comblés, au cri de leurs « Obama, Obama, black power ! ». Me joignant, je l’avoue, à leur élan de joie, nous avons, ensemble, empêché tout le voisinage de donner dans la grasse matinée. Sûr, que je suis content de voir Obama au pouvoir, mais comme je l’ai dit, je ne souscris pas à l’optimisme au nom duquel mon ami James m’a dit ce matin, presque les larmes aux yeux « C’en est fini des guerres sur le continent africain : l’Afrique est à la Maison Blanche ! » Et Jesse de renchérir « L’Afrique est au pouvoir ». Un autre un peu plus lucide, railleur, avec le clin d’œil, disait quant à lui : « Nous sommes à Abidjan et nous parlons d’Amérique ».

Eh bien, je suis de l’école de l’homme au clin d’œil : l’Amérique n’est pas l’Afrique, pas plus que Obama n’est kényan ou nigérian.
Souvenons-nous : ce n’est pas la première fois qu’un noir parvienne à des responsabilités d’amplitude planétaire : j’ai encore à l’esprit la moustache rassurante d’un certain Kofi Annan, bon nègre, pur jus, sans sucre ni colorant ; Kofi, presque mon cousin ! Il avait été entouré des plus folles prédictions. Et puis la suite ne s’est pas fait attendre : la Côte-d’Ivoire, mon pays n’a jamais été aussi rudoyé par le Machin que sous la mandature du cousin Kofi ! Je ne parlerais même pas du Congo, écartelé, banalisé, martyrisé ou du Libéria ou d’Haïti ensanglantés, immolés… Souvenons-nous.

Non Barack, n’a pas été élu pour l’Afrique. Non Barak n’est pas le sauveur des noirs, pas plus que le noirs n’ont besoin de sauveur. Barak est à la tête d’un système dont il, déroulera, sans état d’âme le programme. C’est de cela qu’il s’agit. Si le système lui enjoint d’user de sanctions contre le Kenya, la Côte-d’Ivoire, le Nigéria ou la Colombie ou le Mexique, il le fera sans état d’âme, comme Drogba à Chelsea marquerait sans pitié, contre le camp de ses frères de l’Africa Sport National, s’il devait y avoir un match entre le club anglais et l’équipe ivoirienne.
Non l’Afrique n’a aucun dividende matériel à attendre de l’élection d’Obama. Il ne viendra pas nécessairement mettre fin à la misère du continent .

Ce qu’elle gagne dans cette messe planétaire – et encore à titre provisoire – c’est une victoire sémiotique.

Oui à l’aune des signes, l’Afrique et les Noirs en général, trouvent une icône porteuse de leurs rêves de respectabilité. Le Noir peut-il réaliser tout ce qui est à portée de l’homme tout court ? Y–a- t-il une ligne de démarcation entre émotion prétendue nègre et raison présumée hellène ?

Obama relance le débat et en cela, libère une force psychologique sans précédant, dont il lui importera d’entretenir la flamme et la crédibilité, en réussissant sa mission à la tête des USA.

Barack a gagné, mais Obama, lui, est qualifié pour la finale. C’est maintenant qu’il lui faudra crédibiliser sa victoire, et partant, donner sens et crédit à la réalité identitaire dont il semble être le signe !